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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

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Califat et mafia ...

Califat et mafia ...

Califat et Mafia sont deux mots à la résonnance commune mais il ne s’agit pas seulement… d’un effet de claquement sonore. Henri Haget dans son livre « Vies de Mafia » nous parle de la vie sociale de cette mafia nichée dans un village de Calabre et en particulier de la vie sociale des femmes dans ce bourg italien accroché à son rocher. A bien y regarder de plus près, on s’aperçoit vite que cette condition féminine peut en rappeler une autre. Ici comme ailleurs, la religion semble jouer un rôle en apparence.

« Une curiosité planétaire, donc, ce village de 3 871 habitants, accroché au flanc de la montagne. Un endroit méconnu, fascinant. Si, vraiment… 60 % d’agriculteurs, 20 % d’employés de bureau, 20 % de chômeurs. Et un savoir-vivre 100 % local. Ici, deux fiancés ne peuvent en aucun cas se frôler, s’embrasser avant leur mariage, ni même rester entre eux sans la présence de la mère ou d’une sœur. Aucune femme ne peut être seule ou voyager en voiture avec un homme qui ne soit pas son mari ou un parent du premier degré comme son père, son frère ou son grand-père. Le beau-frère est exclu. Et ne parlons pas des étrangers. Partout ailleurs, le tissu social tombe en ruine, les couples se défont, les valeurs partent à vau-l’eau. À Plati, on les respecte plus que tout. Les femmes se distraient à l’église et les jeunes filles qui s’éloignent du territoire pour vivre leur vie auront bien du mal à trouver un mari au village. Les jeunes veuves aussi. Ce fut le cas de la femme d’un membre du clan Papalia qu’on avait tué. Elle était restée seule avec sa fille. Par dévouement, le frère du veuf l’avait tout de suite réépousée. « Parce que, à Plati, elle n’aurait retrouvé personne, a expliqué un repenti, Saverio Morabito. Qui va en épouser une qui a déjà un enfant ? Ici, on veut tous des filles vierges. Si une jeune veuve ne trouve pas à se remarier tout de suite, elle part à la dérive et les mouches lui tournent autour. Les femmes se distraient à l’église et les jeunes filles qui s’éloignent du territoire pour vivre leur vie auront bien du mal à trouver un mari au village. Qui va en épouser une qui a déjà un enfant ? Ici, on veut tous des filles vierges. Si une jeune veuve ne trouve pas à se remarier tout de suite, elle part à la dérive et les mouches lui tournent autour jusqu’à ce qu’elle fasse jaser tout le village. » Pour chasser les mouches, la famille Papalia n’avait donc rien trouvé de mieux que le propre frère du défunt. Si la ’Ndrangheta encense, plus que toute autre mafia, cette religion de la famille, alors Plati est son église, son berceau spirituel. Plus encore qu’à San Luca, à quelques kilomètres de là, on se marie entre cousins, pour épaissir le lien du sang, le rendre à jamais indissoluble. Dès l’âge de quatorze ans, on a un promis ou une promise. Et quand on convole dans un autre village, c’est uniquement avec un membre d’une famille mafieuse, à des fins de paix ou d’expansion domaniale, comme jadis dans les dynasties royales. Grâce à cette politique matrimoniale, Plati n’a jamais connu de faida, cet appel à la vendetta poussé à son paroxysme qui a ensanglanté durant des années tant de villages calabrais. Bien sûr, il y a des tragédies, des larmes, des cœurs palpitant d’envie, des soupirs sourdement réprimés, mais ils ne sont audibles que par les enquêteurs, dans le secret de leurs écouteurs. Comme cette jeune femme de Plati, contrainte de se marier avec un homme émigré en Lombardie, qui lui criait sa rage : « J’étais tellement bien avec l’autre et ils m’ont fait t’épouser ! » Comme cette mère, Maria Morabito, la femme du grand Pasquale Condello, qui écrivait à une amie, en 2003 : « Chère Anna […] Ma fille a dû quitter un beau jeune homme seulement parce que, dans le passé, certains de ses parents étaient ennemis de mon mari […]. Enfin, comme tu dis, nous devons porter notre croix. » 

 

Henri Haget : Vies de Mafia.

 

 

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