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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

un très beau texte ... !

un très beau texte ... !

Une lettre, une très belle lettre écrite à Madame France. Elle est parue dans le journal Le Monde.

« Pas le droit d'abandonner

Ma belle France, je n'avais pas besoin de toi, tu vieillissais, tu décevais. La politique m'inquiétait, je ne voulais plus te donner ma voix. Doucement, je t'ai abandonnée. Et, finalement, ce sont tes plumes qui se sont brisées, jusqu'à s'écraser contre un béton en sang. Ta tête résonne de cris, ton cœur est trop lourd pour danser. Quand on n'a que 20 ans, on se prépare à devenir les maîtres du monde. Maintenant, depuis que la vitre a explosé, on veut juste trouver la sortie. Le plasma rejoint les poumons pour expirer l'injustice. A quoi bon collectionner les cartes d'une forteresse qui s'effondre sous nos yeux. Lentement, les "  ce n'est pas possible  " fleurissent et percent les airs dans un hurlement strident. Ce n'est pas dans ce monde que nous voulons grandir. A 20 ans, on n'a pas les armes pour intégrer cette horreur. A moins que ce soit l'humanité qui ne puisse pas imaginer cela. Quand je reviendrai te voir, ma belle France, je ne serai plus la même. Je continuerai de marcher, mais ma cadence sera diminuée. Je chercherai à retenir mes enfants dans mon ventre, je me méfierai de tout. Sur tes ailes salies, il ne restera que le désenchantement. Mais, ma belle France, nous allons travailler les blessures. Je n'ai pas le droit d'abandonner. Je fais partie de cette histoire. Longtemps je t'ai critiquée. Maintenant, je sais que je suis à toi. Je suis enfant de tous ces rois du passé et de ces châteaux qui t'ont défendue. Des siècles d'histoire derrière, je ne laisserai pas ton futur s'arrêter là. Ton futur, c'est moi. Oui, j'ai le droit de me dire que, plus tard, je marcherai dans la rue sans presser le pas, que je pourrai aller boire une bière au café derrière chez moi sans m'inquiéter. Je n'exige rien de spécial. Je sais que l'homme est orgueilleux. Je ne demande pas la lune, je cherche simplement la vie. Ma belle France, pardonne-moi, apprends-moi à te reconstruire. Pour la première fois de ma vie, je décide de t'appartenir, de brandir la liberté aux côtés de la fraternité, tous égaux. Nous allons venir panser tes crevasses, ma France, nous allons te faire briller.

Par Charlotte Piveteau

 

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