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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

mort d'un philosophe !

mort d'un philosophe !

L’intellectuel René Girard vient de mourir aux Etats-Unis. Je crois qu’en France, on semble mieux connaître l’entraineur sportif que l’œuvre du philosophe. Cette œuvre est pourtant intéressante, elle ne construit pas une philosophie, elle interprète la violence dans la société humaine et elle tente de lui apporter une « petite » explication. Il part d’un postulat bien défini, bien identifié une fois pour toutes et il croit trouver une des solutions dans le christianisme, dans les évangiles…

« Le philosophe Ruwen Ogien propose, lui, une critique des travaux de René Girard, théoricien du bouc émissaire, qui explique la violence sociale par des désirs contradictoires et la recherche d'une victime expiatoire. Théorie trop empreinte de religieux et d'expiation christique pour l'auteur de La guerre aux pauvres commence à l’école. Il reproche à René Girard de "prétendre expliquer un phénomène aussi complexe que la violence humaine au moyen d'un facteur unique : le désir mimétique, celui de s'approprier ce qu'un autre désire ou possède". »

« C’est ici qu’intervient une distinction fondamentale aux yeux de Girard : « la divergence insurmontable entre les religions archaïques et le judéo-chrétien ». Pour bien saisir ce qui les différencie, il faut commencer par repérer leur élément commun : à première vue, dans un cas comme dans l’autre, on a affaire au récit d’une crise qui se résout par un lynchage transfiguré en épiphanie. Mais là où les religions archaïques, tout comme les modernes chasses aux sorcières, accablent le bouc émissaire dont le sacrifice permet à la foule de se réconcilier, le christianisme, lui, proclame haut et fort l’innocence de la victime. Contre ceux qui réduisent la Passion du Christ à un mythe parmi d’autres, Girard affirme la singularité irréductible et la vérité scandaleuse de la révélation chrétienne. Non seulement celle-ci rompt la logique infernale de la violence mimétique, mais elle dévoile le sanglant substrat de toute culture humaine : le lynchage qui apaise la foule et ressoude la communauté.

 « (…) pour nourrir le livre qui restera l’un de ses essais les plus connus, et qui fait encore référence aujourd’hui : Mensonge romantique et vérité romanesque (1961). Il y expose pour la première fois le cadre de sa théorie mimétique. Bien qu’elle engage des enjeux profonds et extrêmement complexes, il est d’autant plus permis d’exposer cette théorie en quelques mots que Girard lui-même la présentait non comme un système conceptuel, mais comme la description de simples rapports humains. Résumons donc. Pour comprendre le fonctionnement de nos sociétés, il faut partir du désir humain et de sa nature profondément pathologique. Le désir est une maladie, chacun désire toujours ce que désire autrui, voilà le ressort principal de tout conflit. De cette concurrence « rivalitaire » naît le cycle de la fureur et de la vengeance. Ce cycle n’est résolu que par le sacrifice d’un « bouc émissaire », comme en ont témoigné à travers l’histoire des épisodes aussi divers que le Viol de Lucrèce, l’Affaire Dreyfus ou les procès de Moscou. » (Le Monde)

mort d'un philosophe !

«Je suis personnellement convaincu que les écrivains occidentaux majeurs, qu'ils soient ou non chrétiens... sont plus pertinents pour comprendre le drame de la modernité que tous nos philosophes et tous nos savants». Longtemps dédaigné par un clergé intellectuel acquis au structuralisme, à la linguistique et au formalisme, ignoré par l'institution universitaire française, peu connu du grand public, élu à l'Académie française à 80 ans passés, René Girard s'était très tôt fait connaître aux États-Unis. Né à Avignon le jour de Noël 1923, élève à l'École des chartes de 1943 à 1947, où il a passé un diplôme d'archiviste-paléographe, il avait 23 ans lorsqu'il traversa l'Atlantique. Il a alors enseigné la littérature française à l'université d'Indiana, où il a obtenu son doctorat d'histoire, avant de rejoindre l'université John Hopkins de Baltimore, puis la fameuse université de Stanford, en 1974, où il a dirigé le département de langue, littérature et civilisation françaises jusqu'à la fin de sa carrière. Il a souvent expliqué que cet exil dans l'Université américaine, où les chercheurs se voient réserver un cadre et des conditions de travail exceptionnels, a été la chance de sa vie. Selon lui, c'est grâce au Christ que le bouc émissaire a cessé d'être coupable et que les origines de la violence ont enfin été révélées. Par-là, la Croix nous a délivrés des religions archaïques. En rendant tout sacrifice absurde, Jésus s'impose comme un anti-Œdipe. Son histoire est un «retournement de mythe» qui montre que la victime dit la vérité et que c'est la persécution qui porte le mensonge. Dans les histoires précédentes, c'était déjà vrai, mais ce n'était pas dit, les dieux paraissant déchaînés contre les victimes. » (Le Figaro)

 

 

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