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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

métier ? philosophe, sociologue ... politologue etc...

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(Dans une autre chronique, je parlerai de l’esprit de Munich… non pas de celui qui prenait Monsieur Hitler pour un homme de paix mais de celui qui nous demande de comprendre la détresse, le malaise culturel et social de tous ces assassins qui se prétendent terroristes et Dieu sait si le commentaire va bon train !)

Un article m’est revenu en mémoire, celui de Forestier sur un livre-document consacré à Eichmann. Il montre combien nos intellectuels savent se montrer perspicaces en tout lieu et sur tout sujet. Il est à noter qu’aujourd’hui comme hier nous retrouvons ici ou là la même lucidité, la même analyse profonde, les mêmes « philosophes de carton » qui enfilent les mots comme d’autres enfilent les mailles en pratiquant l’art du tricot.

« Qui était Eichmann? Un bureaucrate aux ordres, comme il le clamait ? Un dingue déconnecté de la réalité ? Un serial killer échappé d’un roman gothique ? Un nabot se colletant avec le mythe de l’Aryen blond ? Un fonctionnaire de l’Holocauste ? Pire, bien pire: c’était un homme. Après le monceau de livres publiés sur son cas, voici l’ouvrage définitif, celui qui met un point final aux interrogations: Bettina Stangneth, philosophe allemande spécialiste de Kant et fascinée par le concept de «mal radical», a travaillé des années sur le dossier Eichmann, SS-Obersturmbannfürher, l’un des architectes de la Solution Finale. Eichmann, après la guerre, a été exfiltré par les filières nazies en Argentine, avant d’être capturé par le Mossad et pendu en Israël le 31 mai 1962. Les questions que pose Bettina Stangneth sont essentielles: comment ce haut responsable nazi a-t-il pu se faire passer pour «un petit rouage» dans la machine ? Comment a-t-il réussi à passer à travers les mailles du filet ? Qu’a-t-il fait en Argentine, sous le nom de Rudoph Klement ? L’auteur a tout déterré, chaque document, chaque photo, chaque bulletin, chaque parcelle de papier, chaque reçu, chaque citation militaire, chaque ticket de métro. Entre autres: 1300 pages de notes de la main d’Eichmann, soixante-treize entretiens enregistrés dans les années 50 à Buenos Aires, et la totalité des rapports, dans les archives russes, américaines ou allemandes. Travail absolument exhaustif, mené avec une conviction d’acier et un entêtement de bull-dog: le portrait qui se dégage est impitoyable. Eichmann a été un manipulateur de génie, un assassin qui n’a jamais été effleuré par le moindre doute, un homme de pouvoir qui n’a jamais cessé de se vanter de ses exploits ni de croire en la victoire du Grand Reich millénaire. En privé, en Argentine, il se présentait comme SS-Obersturmbannführer, avec ostentation, pas comme un mécanicien Mercedes-Benz Lors du procès de Jérusalem, la presse a dépeint l’homme comme un rond-de-cuir sans ampleur: le personnage dans le box des accusés n’avait rien du charisme maléfique que ses victimes (survivantes) décrivaient. Mais, derrière ce masque de quidam gris, il y avait autre chose. Littéralement – les documents le prouvent amplement – un mégalomane qui n’a cessé de se vanter, de fanfaronner, et qui était fier d’avoir exterminé des millions de Juifs. Et c’est là que Bettina Stangneth se heurte à Hannah Arendt: non, Eichmann n’incarne pas la banalité du mal. Cette banalité ne résiste pas à un examen approfondi, à la lecture de ces documents mal étiquetés qui gisaient dans les archives. Hannah Arendt, comme les autres, a été bluffée par un comédien de talent, un bateleur effroyable. Eichmann, jusqu’à ce que son cou se dévisse sous une potence à Jérusalem, était tout, sauf banal. Les historiens ont failli, les journalistes ont failli, les intellectuels ont failli: ils ont vu ce qu’ils avaient envie de voir. Le livre de Bettina Stangneth (qui sera publié par Calmann-Lévy début 2016) est non seulement passionnant, mais nécessaire. Le cas Eichmann est exemplaire: il faut aller au cœur de la vérité pour tuer la Bête. »

François Forestier

 

 

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