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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

c'était, dit-on, à la belle époque ...

c'était, dit-on, à la belle époque ...

On appelait cela la belle époque… Pourquoi ? Toutes les raisons sont valables aussi bien que leur contraire. On situe cette période de la fin du XIX ème siècle jusqu’au début de la guerre de 1914. Ce fut une belle époque pour certains pour d’autres ce fut autre chose et très vite il ne resta d’eux qu’un nom sur un monument aux morts. Aragon a écrit ici de un très beau poème. La belle époque eut l’immense honneur de voir apparaître un certain Vacher, l’assassin de Dieu. Ses victimes furent nombreuses et on parle à son propos du premier « serial killer » du continent, pire peut-être que le Jack anglais. On se souvient du film de Tavernier : « le Juge et l’Assassin », le réalisateur s’est inspiré librement de l’aventure meurtrière de cet homme. Son héros ne s’appelle pas Vacher mais Bouvier.

« La réalité n’a rien de poétique : en cette fin de XIXe siècle qui n’est pas une belle époque pour les classes laborieuses, l’équilibre traditionnel de la société a été bouleversé par l’ère industrielle avec les conséquences que l’on sait, l’exode rural, le début de la désertification des campagnes les plus défavorisées, la surpopulation urbaine, la main d’œuvre exploitée systématiquement car trop nombreuse et donc à bon marché, le chômage des ouvriers les moins compétents ou le plus ouvertement contestataires. Tout cela a précipité sur les routes une foule de traîne-misère ou de camp-volants. En 1894, année du premier crime reconnu par Joseph Vacher, le ministère de l’Intérieur ne recense pas moins de 19.123 délits imputables à des vagabonds contre 2.544 pour les années 1826/1830 inclus. Le nombre de prévenus, pour cette même période, s’élevant à 2.940 passe brutalement pour l’année 1894 à 19.723 !

Triste record qui en dit long sur une société qui s’est remise tant bien que mal de la défaite de 1871, de la perte de l’Alsace-Lorraine, des sommes faramineuses payées en bon or sonnant et trébuchant aux Prussiens et aux Allemands. Mais ce n’est pas tout : la cicatrice béante de la Commune de Paris a bien du mal à se refermer, les attentats anarchistes, telle la bombe jetée par Vaillant, le 9 décembre 1893 en pleine Chambre des députés, ou bien encore l’assassinat du président de la République, Sadi Carnot, le 24 juin 1894, à Lyon, par l’anarchiste italien Caserio contribuent à détériorer davantage un climat déjà difficile. Ajoutons encore, autre très profond facteur de discordes et symptôme totalement révélateur du malaise social, la sinistre affaire Dreyfus qui n’a pas fini de partager les Français. Tout cela finit, on le comprend, à faire repartir Gauguin pour Tahiti, en 1896, tandis que, pour donner la mesure dérisoire de cette fin de siècle, Alfred Jarry fait jouer au Théâtre de l’Œuvre son Ubu Roi, et que renaissent en Grèce, sous l’impulsion du Français Pierre de Coubertin, les Jeux Olympiques. »

« Le juge commença donc son interrogatoire en douceur en lui demandant ce qu’il avait fait depuis sa démobilisation le 28 avril 1893 : « À la suite de chagrins d’amour, je me suis tiré trois balles dans la tête, après avoir fait feu, sans l’atteindre, sur Louise Barrand, la jeune fille qui avait promis de m’épouser, et qui, ensuite, changeant d’avis, m’avait congédié brutalement. C’était d’ailleurs ma troisième tentative de suicide. J’ai été alors interné à l’asile de Dôle où je suis resté six mois, tout en parvenant à m’évader avant d’être assez rapidement repris. De là, j’ai été transféré dans l’Isère à l’asile de Saint-Robert. On m’y a gardé trois mois, avant de me libérer. Fuyant cette région où je n’avais eu que de grands malheurs, je me suis dirigé, vivant exclusivement d’aumônes, à marches forcées vers la Bretagne où j’espérais trouver la sécurité et du travail. » Vacher poursuit en égrenant la longue litanie de ses déboires et de ses malheurs, de ses maux physiques, de cette oreille qui suppure en répandant une odeur fétide, de cette oreille qui contient encore deux des trois balles qu’il se tira dans la tête, de sa bouche difforme, de son visage à demi paralysé dont le masque figé et grotesque déclenche les railleries alors qu’il devrait susciter la pitié. Et il s’apitoie encore sur son œil droit qui s’injecte de sang quand il se fatigue, sur sa pauvre tête qui lui fait mal, qui le démange et qui s’échauffe lorsqu’il y a trop de soleil. Le malheureux s’épanche totalement ; c’est la première fois que quelqu’un s’intéresse à lui autrement que pour se moquer ou le dénigrer. C’est la première fois qu’il est écouté avec toute l’attention qu’il mérite et que son cas exige. »

- Jean-Pierre Deloux

c'était, dit-on, à la belle époque ...

(« JOSEPH VACHER naquit le 16 novembre 1869, sous le signe du scorpion, à Beaufort, près de Beaurepaire, chef-lieu de canton de l’Isère. D’après les témoignages cités aux Assises, la famille, forte de seize enfants, était considérée comme relativement aisée et parfaitement honorable. Le père, « un cultivateur, robuste et bon, parfaitement sain de corps et d’esprit », selon le maire, avait eu quatre enfants d’un premier lit et douze d’un second. Joseph était le quatorzième enfant, son frère jumeau cadet mourut étouffé à un mois, dans son berceau, sous un gros pain de campagne chaud jeté par l’un de ses frères âgé de huit ans. Singulier épisode, si l’on en croit cette curieuse version officielle et familiale, dont on peut se demander s’il n’affecta pas profondément. le comportement et les facultés de Joseph le survivant. Si celui-ci ne se tint pas finalement pour responsable du trépas du nouveau-né. Il put fort bien s’imaginer avoir étouffé en dormant cette créature innocente, tout comme il aurait pu échafauder une autre version non moins culpabilisante : c’est le hasard qui permit la mort du nourrisson, alors que le Destin exigeait sa mort à lui, Joseph le criminel, afin d’épargner par la suite d’innocentes victimes. Ou, encore, Joseph le miraculé aurait bien pu deviner dans le fait qu’il ait survécu, l’intervention de la Providence divine. Et de là à se croire l’instrument, le bras armé, de la volonté et de la colère de Dieu, il n’y avait qu’un pas à franchir : celui séparant la folie de la raison, la psychose de la névrose, le psychotique du psychopathe... Quoi qu’il en fût, les tendances mystiques de Joseph Vacher trouvaient un écho, selon différents témoignages dignes de foi, dans le comportement de sa mère Rosalie Ravit, une dame très dévote, sujette dès la puberté à des visions et à des apparitions : elle prétendait, en effet, que Dieu lui apparaissait lors de ses prières ou de ses méditations. Elle éleva donc ses enfants dans une singulière atmosphère religieuse où mysticisme et superstition faisaient bon ménage. »)

 

 

c'était, dit-on, à la belle époque ...
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