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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

un regard sur le monde qui vient ...

un regard sur le monde qui vient ...

Des textes apparaissent, des opinions sont données, des analyses sont faites qui m’apparaissent plus importantes que d’autres. En voici une, une belle analyse du monde qui va vers cet ailleurs que d’autres voient incertain. Ils ont peut-être raison.

« Aujourd'hui, nous considérons la " solution finale " nazie comme une sorte de sinistre apogée technologique. Il s'agissait en fait du massacre d'êtres humains à courte distance au cours d'une guerre pour les ressources. La guerre qui a amené les juifs sous contrôle allemand a été entreprise parce qu’Hitler croyait que l'Allemagne avait besoin de plus de terres et de nourriture pour survivre et maintenir son niveau de vie, et que les juifs et leurs idées constituaient une menace pour son projet expansionniste. La Shoah peut sembler une lointaine horreur dont les leçons ont déjà été tirées. Malheureusement, les inquiétudes de notre époque pourraient à nouveau faire naître des boucs émissaires et des ennemis imaginaires, et les contraintes environnementales contemporaines, susciter de nouvelles variations sur les idées d'Hitler, en particulier dans les pays soucieux de leur démographie galopante ou de leur prospérité. Le changement climatique menace de provoquer une panique écologique sans précédent. Jusqu'à présent, ce sont les pauvres d'Afrique et du Proche-Orient qui ont supporté tout le poids de la souffrance. Le meurtre de masse d'au moins 500 000 Rwandais en  1994 faisait suite à une chute continue de la production agricole pendant plusieurs années. Si les Hutu ont tué des Tutsi, ce n'était pas seulement en raison d'une haine ethnique, mais pour s'emparer de leurs terres, comme de nombreux génocidaires l'admirent par la suite. Au Soudan, en  2003, c'est la sécheresse qui a conduit les Arabes sur les terres des pasteurs africains. Le gouvernement soudanais s'est rangé du côté des Arabes et a lancé une campagne d'élimination des Zaghawa, Masalit et Four au Darfour et dans les régions environnantes. Le changement climatique a également ramené l'incertitude alimentaire au cœur de la politique des grandes puissances. La Chine d'aujourd'hui, comme l'Allemagne d'avant-guerre, est une puissance industrielle incapable de nourrir sa population avec ses seules ressources. Elle se trouve de ce fait dépendante des marchés internationaux, par définition imprévisibles. Cela pourrait rendre la population de la Chine perméable au retour d'idées telles que le Lebensraum. Le gouvernement chinois doit compenser la mémoire de famines endémiques encore proches par la promesse de toujours plus de prospérité, tout en affrontant des conditions environnementales en constante dégradation. Le danger n'est pas que les Chinois, non plus que les Allemands pendant les années 1930, ne meurent effectivement de faim dans un avenir proche. Le risque est qu'un pays développé capable de faire parler sa puissance militaire cède, comme l'Allemagne d'Hitler, à la panique écologique et prenne des mesures drastiques pour garantir le niveau de vie de sa population.

Comment un tel scénario peut-il se produire ? La Chine afferme déjà un dixième des terres arables de l'Ukraine et achète autant de nourriture qu'elle le peut à chaque resserrement des réserves mondiales. Pendant la sécheresse de 2010, les achats paniques des Chinois ont contribué à l'apparition des émeutes de la faim et des révolutions au Proche-Orient. Les dirigeants chinois considèrent d'ores et déjà l'Afrique comme une source de nourriture à long terme. Bien que de nombreux Africains souffrent eux-mêmes de la faim, leur continent détient environ la moitié de la superficie mondiale des terres arables non cultivées. Comme la Chine, les Emirats arabes unis et la Corée du Sud se sont d'abord montrés très intéressés par les régions fertiles du Soudan. Ils sont maintenant rejoints par le Japon, le Qatar et l'Arabie saoudite dans leurs efforts pour acheter ou affermer des terres à travers toute l'Afrique. »

Par Timothy Snyder (professeur à l’Université de Yale)          

 

                                            

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