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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

c'était encore avant !

c'était encore avant !

Deux textes ; l’un sur Paris et sur sa région. La ville d’avant ! Sur la chaîne Histoire, on a consacré des documentaires sur ce Paris disparu où il faisait si bon vivre d’après ceux qui venaient apporter leurs commentaires. Et puis, un texte sur les immigrés qui sont devenus migrants et les réactions des français de l’époque qui m’en rappellent d’autres. Sur ce sujet, la société française a toujours beaucoup parlé pour ne rien dire au point d’en venir à se répéter.

« La conquête d’Aubervilliers : Pour son retour en politique, Pierre Laval attendra quatre ans. Le vaincu de 1919 guette sa chance. Il a compris qu’il lui faut un fief, une ville où les électeurs seront des clients et des amis. Cette ville, ce sera Aubervilliers. Ce n’est pas une belle ville, Aubervilliers. Dans la triste banlieue nord, la cité, à moitié ouvrière, à moitié rurale, est le pays des industries sales. Des raffineries de corps gras, les usines Mourier, des tanneries, des abattoirs. Près du domaine sinistre des équarisseurs, il n’est pas rare de trouver des cadavres d’animaux en décomposition, couverts de mouches vertes. Aubervilliers au petit matin s’emplit d’ouvriers en sabots et en blouse, de tueurs de bœufs en route vers la Villette, de chiffonniers qui tirent la charrette à bras, comme au siècle dernier. La zone que le général Gallieni voulait raser en 1914, et que Laval a sauvée, s’est installée sur les anciennes fortifications. Là vivent dans des cabanes de vrais pauvres, qui font le tri dans les décharges et sur les terrains vagues, et leurs employeurs, ferrailleurs qui gardent les oripeaux de la médiocrité tout en faisant leur pelote. Ce quartier de Montfort, c’est la petite Auvergne, toute dévouée à l’homme qui l’a sauvée de l’expropriation. Laval peut compter sur les ouvriers des abattoirs. Il est leur avocat. En 1919, il a obtenu leurs suffrages pour avoir gagné dans l’affaire de la « petite viande ». Les tueurs avaient le droit d’emporter, pris sur les bêtes, des déchets, leur bifteck quotidien. Les patrons les soupçonnaient de ne pas se contenter des déchets, Laval invoque une tradition, plaide pour des pauvres et gagne. »

 

 

« En 1933, l’Allemagne paraît inoffensive. En France, les gens ont d’autres soucis. Dans un pays qui allait traditionnellement chercher de la main-d’œuvre hors de ses frontières, on s’inquiète du trop grand nombre d’étrangers venus manger le pain des Français. Ils sont 2,9 millions en 1931, dont les deux tiers sont des actifs. Dès l’apparition du chômage, on en a expulsé, sans explications ni indemnités de départ, plus d’un demi-million. La loi de 1927, destinée à combler le déficit des classes creuses, nées pendant la guerre, devrait permettre des naturalisations rapides. La grande presse proteste : les Français vont disparaître en France, noyés par les étrangers prolifiques. Le rythme est pourtant modeste : 155000 naturalisations entre 1931 et 1936. Contrairement aux croyances communes, les bureaux freinent l’application de la loi, et beaucoup d’étrangers cherchent à rester eux-mêmes dans leur terre d’adoption. Le clergé polonais encadre les 425.000 slaves, les prêtres italiens et les organisations fascistes italiennes luttent contre l’assimilation des 720.000 travailleurs qui ont passé les Alpes. (…) La campagne envie l’ouvrier et l’employé qui ont des heures de travail limitées. Les attaches rurales des gens de la ville sont encore très fortes, et, le chômage aidant, il n’est pas rare que l’on vienne aider aux vendanges et à la moisson. Les cinémas du samedi soir, la bicyclette, la moto, parfois l’auto d’occasion ne sont plus des luxes. L’ouvrier appelle sa femme « la bourgeoise » et lui offre l’indéfrisable, la sortie dans une guinguette sur les bords de la Marne, et il achète des jouets aux enfants. En revanche, le logement, souvent un garni, semble un taudis pour des yeux étrangers. Telle quelle, cette société fait le dos rond devant la crise, dont personne ne lui explique sérieusement les causes. »

 

c'était encore avant !
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