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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

C'était avant ...

C'était avant ...

Je suis un homme du vingtième siècle et je le reste… Que me veut le suivant ? Celui qui a commencé voilà quinze ans. Nous vivons une époque pleurnicharde où les gens font plus aisément leur deuil que leur marché. C’est devenu une mode : après le choc, on fait son deuil… l’expression est limitée dans le temps et la vie continue dans l’hypocrisie générale. On fait son deuil mais sous la surveillance de spécialistes et des caméras de télévision. C’est mieux ainsi, on peut en garder un souvenir au cas où ! Je lis en ce moment un maître-livre écrit dans les années 1976 par Fred Kupferman sous le nom tout simple de « Pierre Laval ». C’est une biographie mais c’est aussi la vision précise d’une époque. Nous allons bientôt parler du 11 novembre… Voilà ce que l’historien nous en dit :

" Le 11 novembre 1918, le clairon de l’armistice annonce aux combattants la fin d’une tuerie qui a saigné l’Europe à blanc. La facture de la victoire est lourde. Cela fait un terrible décompte dans chaque famille : 1.395.000 soldats qui ne reviendront pas, parmi lesquels 400.000, classés disparus, n’auront même pas de tombe. La France de l’avant-guerre faisait déjà trop peu d’enfants. La France en guerre n’a pu assurer son capital de remplacement. Il y aura eu trois fois moins de naissances en 1915 qu’en 1914. La Chambre affolée va voter en 1920 une loi terrible contre l’avortement et la propagande anticonceptionnelle, définis comme des crimes contre la patrie. Rien n’y fait. La guerre saigna une nation anémiée et, pour parachever son œuvre, la grippe espagnole fait des centaines de milliers de morts, au lendemain des traits de paix. Le jour du défilé de la victoire, les gueules cassées et les grands mutilés auront l’honneur de prendre la tête des troupes qui remontent les Champs-Elysées. Mais qui épousera les gazés, les invalides, les hommes sans nez, sans mâchoire ? Qui donnera du travail à ces êtres diminués, un bon million de Français oubliés avec le retour à la paix ? On viendra même à leur disputer le montant médiocre de leur pension. Le territoire allemand est intact. Le nôtre est massacré. Avant de se rendre, l’ennemi en retraite a coupé les arbres fruitiers, inondé les puits de mine, arraché les rails, emporté tout ce qui pouvait encore rouler. La France du Nord-Est, qui incarnait la modernité en 1913, avec ses hauts fourneaux, ses cokeries, ses paysages industriels voués à l’acier et au charbon, n’est plus qu’un territoire en détresse. De l’autre côté de la frontière, les usines intactes du vaincu paraissent défier un vainqueur épuisé. Premier président de la jeune République allemande, Friedrich Ebert salue les régiments berlinois, qui défilent, drapeaux et musique en tête, au retour des combats. L’idée de la revanche flotte déjà dans l’air. (…) Les Français peuvent bien maintenir leurs règles de vie, ils ne retrouvent pas l’avant-guerre. Ces quatre ans ont creusé un abîme où a sombré le XIXème siècle. Par l’effet du brassage dans les tranchées, on parle partout le français, et le patois devient une coquetterie d’anciens.

On dépense davantage, on s’est habitué à mieux vivre. Combien de paysans ont découvert l’usage du vin quotidien, de la viande à chaque repas, avec l’ordinaire de l’armée ? En outre, les rescapés s’accordent le droit à un peu de luxe. Certes la nourriture représente comme avant-guerre la moitié du budget d’une famille pauvre, mais le pays entier communie dans le culte de la table, comme s’il festoyait pour prendre une revanche sur les années d’angoisse. L’Allemand Friedrich Sieburg s’interroge, dans une enquête qui sera un best-seller des deux côtés du Rhin : Dieu est-il Français ? L’Allemagne vaincue rêve de grandeur, la France victorieuse réclame le bonheur. »

Fred Kupferman

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