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Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

Nîmes qui se regarde...

Mon actualité ? regarder vivre une ville, actrice d'un monde qui se fait ou se défait.

l'affaire Boulin ?

l'affaire Boulin ?

Trente-six ans après la mort de Robert Boulin, ancien ministre gaulliste de premier plan retrouvé mort le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet (Yvelines), le parquet de Versailles vient de relancer l’affaire. Alors que la première enquête avait conclu à un suicide, une nouvelle information judiciaire a été ouverte pour «arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat». Une décision rarissime qui doit énormément au travail de Benoît Collombat, 45 ans, journaliste au service Enquête et investigation de Radio France et auteur du livre référence sur le sujet, Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin, paru en 2007 chez Fayard. (Libération).

Nous sommes donc en 1979, le chef du gouvernement est Monsieur Raymond Barre et Chirac se verrait bien à la place de Monsieur Giscard d’Estaing. On se souvient que l’ambiance politique de l’époque était plus que tendue. Monsieur Robert Boulin -qui a rompu avec Jacques Chirac et ses méthodes cavalières - est souvent présenté comme le remplaçant de Monsieur Raymond Barre.  Le scénario est connu, ce « gaulliste de trop » va voir son image brouillée par une vague histoire de maison à Ramatuelle obtenue dit-on de manière « illégale ». Les preuves sont fournies gratuitement par le RPR de l’époque et c’est « le canard » qui s’y colle. Comme aujourd'hui, la presse a besoin de vendre même son âme.

« Il savait bien que sa vie était en danger mais de quelle nature était cette menace ? … C’est dès la période de mars 1977 à mars 1978, alors que Boulin est au Finances, que ce dernier reçoit des menaces, me précise son ancien chef de Cabinet à la Santé. Des menaces très précises venant d’un proche de Dominique Ponchardier, l’ancien responsable  du service d’ordre du RPF et l’un des fondateurs du SAC. Ponchardier fut aussi  l’une des chevilles ouvrières des « barbouzes » gaullistes pendant la guerre d’Algérie, puis ambassadeur de France en Bolivie dans les années soixante, où il favorisa l’extension des réseaux  Foccart et aida à la libération de Régis Debray. (…) Robert Boulin se sentait sans doute plus espionné que protégé. Trois semaines avant sa disparition, Jean Lalande, me raconte qu’il est alerté par un ingénieur chargé des écoutes téléphoniques en Gironde : - avertissez votre beau-frère. Il se prépare quelque chose contre lui. Un genre de contrat. Quelques jours avant d’être retrouvé dans l’étang Rompu, Robert Boulin se confie au père de Catherine Pichon (…) : Ils auront ma peau. Tous les deux se méfiaient énormément du SAC. Mon père considérait Pasqua comme dangereux, il nous avait dit qu’il faisait partie des gens qui étaient prêts à tout. A son beau-frère, Jean Lalande, qui s’inquiète auprès de lui de ces menaces, quinze jours avant sa mort, Robert Boulin répond : - Il y a des personnages indignes qui déshonorent la politique en France. Néanmoins, il n’a pas souhaité m’en dire d’avantage. (…) Fabienne Boulin a gardé en mémoire ces mots terribles de son père, qui n’avait pourtant pas l’habitude de se répandre en confidences : - cette histoire finira mal. Ils nous tueront tous. Ce sont des assassins. A l’évidence, l’histoire en question dépasse la seule affaire de Ramatuelle et de la maison du ministre. »

… Et les dossiers ?

« On sait que le lundi 29 octobre 1979, jour de sa disparition, Robert Boulin a sorti une pile de documents de son coffre-fort personnel au ministère du Travail. Arrivé à son domicile de Neuilly, il monte ses dossiers, aidé par son garde du corps, avant de lui donner congé, tout comme à son chauffeur. Quelques instants plus tard, il décide de partir, seul, au volant de sa Peugeot 305. Emporte-t-il quelques dossiers avec lui ? Difficile de la savoir, puisqu’on le verra plus loin, tous disparaîtront mystérieusement. Le plus surprenant, compte tenu des va-et-vient qui se sont produits au domicile de Robert Boulin dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979… Si Robert Boulin ne s’est pas suicidé, alors les dossiers qu’il transportait avec lui le jour de sa mort devaient forcément avoir un objet précis. »

« … Sous la houlette de Jacques Foccart, parallèlement au processus de décolonisation et d’indépendance de l’Afrique, la France gaullienne va institutionnaliser la mise sous tutelle pétrolière et politique des pays africains. Les dirigeants récalcitrants seront renversés ou assassinés. C’est ce qu’on a appelé la Françafrique. Elf justifie la consolidation de ce système par l’indépendance énergétique de la France, principe gaullien auquel Robert Boulin adhère pleinement, mais qui conduit sur le terrain au maintien des dictateurs africains en place et à la corruption généralisée. Malgré ses bonnes intentions, Boulin ne peut que constater la consolidation de ce système cogéré depuis l’origine par Jacques Foccart, avec le consentement tacite du général de Gaulle. A l’époque, une bonne partie du financement des partis politiques, et notamment du mouvement gaulliste, était assurée par la compagnie pétrolière Elf et son relais gabonais…L’idée de Boulin n’était pas de dénoncer la chose, mais de dire : Ecoutez, vos magouilles, moi, ça ne m’intéresse pas, je n’en ferai pas état dans la presse… afin de faire sentir que face ses accusateurs il détenait – preuves à l’appui – une monnaie d’échange. »

 

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